Logo Peresc'Auto

AU REVOIR Mr GUY LIGIER

Guy Ligier, de la F1 à la voiture sans permis

Décédé le 23 août 2015 à 85 ans, le légendaire patron de l’écurie de Formule 1 a connu plusieurs vies.

.

Il a démarré comme apprenti boucher, avant de monter une entreprise de travaux publics en parallèle de sa carrière de constructeur touche-à-tout, à l’origine notamment de la voiture sans permis.

Guy LIGIER nous a quitté

Il y a trois mois, la silhouette rebondie de Guy Ligier arpentait encore les stands des 24 heures du Mans. À près de 85 ans, le patron le plus célèbre de la Formule 1 tricolore veillait sur son dernier né, un prototype développé par d’autres, mais siglé « JS » comme toutes les voitures de course qu’il a construites au cours de sa longue carrière de patron d’écurie. Ces deux lettres résument le tempérament de cet homme chaleureux et volcanique, fidèle au souvenir de ses amis, dont le pilote Jo Schlesser, mort en course en 1968, et dont Guy Ligier perpétua le souvenir par ses initiales inscrites sur la carrosserie de ses bolides.

L’AMI DE FRANÇOIS MITTERRAND

Né à Vichy en 1930, orphelin à 7 ans, apprenti boucher de formation, Guy Ligier n’était pas homme à vivre tranquillement de ses rentes. Il avait cédé son écurie en 1996 à l’homme d’affaires italien Flavio Briatore, qui l’avait revendue à Alain Prost, mais Guy Ligier n’a jamais cessé de vibrer pour les bolides, en particulier s’ils tournaient sur le circuit de Magny-Cours, dans la Nièvre, dont il contribua grandement à la construction, grâce à l’amitié d’un Nivernais d’adoption, un certain François Mitterrand. Cette amitié personnelle avec l’ancien président de la République contribua d’ailleurs grandement au financement de l’écurie Ligier, qui bénéficia du généreux sponsoring d’entreprises publiques comme la Seita (régie des tabacs), le Loto (devenue Française des Jeux) ou Total.

LE COQ GAULOIS DE LA FORMULE 1

Alors qu’il n’était encore que président du conseil général de la Nièvre, François Mitterrand avait très tôt perçu la force de frappe de cet autodidacte, devenu un des plus gros entrepreneurs de travaux publics de la région, spécialisé entre autres, dans la confection d’autoroutes et de pistes de course.

Après la faillite de son entreprise en 1974 à la suite de la décision de Valéry Giscard d’Estaing de privatiser les autoroutes et de réserver les travaux aux entreprises concessionnaires, Guy Ligier avait décidé de se consacrer entièrement à la course automobile, en fondant son écurie de Formule 1 en 1976.

326 GRANDS PRIX, 50 PODIUMS et 9 VICTOIRES

Son pilote fétiche était alors Jacques Laffite, vainqueur de six Grand Prix à bord des voitures bleues équipées de moteurs Matra ou Ford-Cosworth. La complicité entre les deux hommes était devenue bien vite un classique de l’éternel feuilleton David contre Goliath. Les deux compères se montraient parfaits dans le rôle des petits face aux géants anglo-saxons de l’époque et leurs budgets pharaoniques.

L’ami président avait saisi tout l’intérêt qu’il y avait à soutenir ces deux coqs gaulois, qui brandissaient haut le drapeau français à une époque où le sport français ne brillait guère. Deux autres pilotes français ont gagné dans une Ligier à cette époque-là, les regrettés Patrick Depailler et Didier Pironi. C’est aussi dans une Ligier, mais équipée d’un moteur Mugen-Honda, qu’Olivier Panis a remporté en 1996 le Grand Prix de Monaco, sa seule victoire en F1 et la dernière d’un Français dans la catégorie reine du sport automobile.

LE PIONNIER DE LA VOITURE SANS PERMIS

Amoureux de la vie à la campagne, Guy Ligier avait perçu très tôt l’intérêt d’un secteur snobé par les constructeurs traditionnels : la voiture sans permis. Destiné en priorité aux personnes âgées vivant en milieu rural en butte à un permis de conduire de plus en plus difficile à obtenir, ses voiturettes ont commencé à sillonner les départementales dans les années 1980. Avant de connaître un développement spectaculaire depuis dix ans sur les nouveaux marchés des conducteurs sous le coup d’un retrait de permis ou de jeunes urbains peu pressés de décrocher le précieux sésame.

La gamme Ligier, cédée depuis à un groupe, comporte de nombreux modèles, dont un coupé et un véhicule utilitaire. Preuve du talent d’entrepreneur d’un homme qui a finalement le moins réussi dans le secteur où il rêvait d’exceller, le pilotage. Sa carrière de pilote de rallye et de F1 fut quelconque et il eut assez tôt la sagesse de retirer son casque, au profit d’une casquette qui devint presque aussi célèbre sur les circuits que celle d’Enzo Ferrari.

                                                                                                                                                                        (Jean-François FOURNEL pour La Croix)

.

Guy Ligier

Voir les modèles de voitures sans permis Ligier